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TROIS MOIS DE CLINIQUE MOBILE
TROIS MOIS DE CLINIQUE MOBILE

C'est l'histoire de Elly. Elle travaille dans l'organisation de femmes Gabriela aux Philippines.

18 juin 2007

Après trois mois de clinique mobile (consultations hebdomadaires dans les quartiers) pour quelques 1200 patients, voici le moment venu d’une évaluation. Après de nombreuses et longues réunions, en partie en Tagalog et toujours avec une « merienda » (le copieux quatre heure philippin), j’en suis venue aux conclusions suivantes.

Les groupes de femmes locaux dans les quartiers étaient préparés aux visites hebdomadaires de l’infirmière Yhan et du docteur Elly. Contrairement à ce que j’avais pensé, elles ne trouvaient pas trop fastidieux le gros travail de préparation. Comme je m’y attendais, elles y consacraient beaucoup de temps : elles allaient de maison en maison pour faire la liste des gens qui viendraient à la clinique. Quelques groupes allaient trouver des politiciens pour réclamer des médicaments gratuits ou demander l’autorisation d’utiliser le petit terrain de basket-ball local ou la chapelle pour y organiser les inscriptions, enregistrer les plaintes, vérifier la tension, la température et le poids des patients. Le prestige de Gabriela s’est accru dans des quartiers où Gabriela n’est pas encore actif depuis longtemps. Une collaboratrice locale de Gabriela raconte en souriant que depuis le début du programme de santé, elle est régulièrement saluée par un « Gabriela Ako » (« Je suis Gabriela »).

Dans chaque quartier, un comité de santé était mis en place par Gabriela. Il s'agit de deux à cinq bénévoles dont la tâche est de suivre la situation sanitaire du quartier. A côté des comités de santé, on trouve dans la plupart des quartiers des comités de jeunes, des comités de soutien aux homosexuels, des groupes de propagande etc. Dans la plupart des quartiers, des médicaments étaient achetés collectivement et distribués à des prix bon marché.

37% des consultations concernaient des maladies ne nécessitant pas de soins particuliers (par exemple des rhumes) ou des maladies psychosomatiques (Maux de tête dûs au stress), problèmes qui en vérité ne demande pas de consultation (A vrai dire, je ne sais pas quelle proportion représente en moyenne ce genre de cas en Belgique sur l’ensemble de la pratique d’un médecin de famille). 4% des patients avaient des bronchites ou une inflammation pulmonaire, cas pouvant être dépisté et soigné par un bénévole de la santé.

TROIS MOIS DE CLINIQUE MOBILEDans 28% des consultations, il s’agissait de questions de ‘repro-health’ comme on appelle ici les soins de santé spécifiques aux femmes. On a pris 199 frottis cervicaux dont 155 ont été considérés comme « inflammation marquée (honnêtement parlant, je ne sais toujours pas si ces cas doivent être ou non traités maintenant). A cause du haut risque d’infection, nous avons traité toutes ces femmes gratuitement. Deux femmes présentaient de légères anomalies métaplastiques. 48 femmes venaient pour des examens de grossesse. Dans le domaine du planning familial, un gros travail d’éducation a déjà été effectué par Gabriela. La majorité des femmes ont 2 à 4 enfants et utilisent un moyen de contraception (pilule, stérilet ou stérilisation). Toutes les femmes commencent par un allaitement au sein mais beaucoup stoppent rapidement à cause d’un « manque de lait ». Les campagnes publicitaires agressives de Nestlé ont fait disparaître l’allaitement au sein de la mémoire collective. Aujourd’hui encore on trouve des réclames pour des poudres complémentaires jusque dans les livrets de vaccination des enfants.

Chez 5% des patients, Yhan (qui faisait aussi des consultations) ou moi avons suspecté la tuberculose. Soit en raison de gonflement persistant d’une glande (complexe primaire chez les enfants), soit en raison de toux persistante ou de perte de poids. Vraisemblablement on sous-estime la gravité de la situation en disant qu’une personne sur dix est confrontée à la tuberculose aux Philippines. Avec le financement de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), le gouvernement a mis en place un programme DOTS grâce auquel les personnes reçoivent gratuitement un traitement anti-tuberculeux si on détecte dans leur salive des bacilles de la tuberculose facilement détectables (C’est ce qu’on appelle le « Crachat positif »).

Néanmoins :

  1. Chez 50 % des personnes qui ont une tuberculose active, la présence des bacilles n’est pas directement détectable dans la salive.
  2. Le traitement est quotidiennement distribué sur place, ce qui permet de s'assurer que le traitement est correctement suivi, mais pour une mère de trois enfants avec un budget de 1 euro, il n’est pas toujours possible de se permettre 4 heures de transport et d’attente en moyenne pour profiter du traitement.
  3. Il n’y a pas de traitement gratuit disponible pour les enfants.
Même les soins de santé publiques sont inabordables pour la majorité de la population. J’ai ainsi vu un ouvrier avec une cheville cassée qui cherchait déjà depuis 4 jours à épargner et à emprunter pour payer la radiographie que le médecin lui avait prescrit. Il y avait aussi ce jeune avec une appendicite aiguë qui surmontait sa douleur pour ne pas endetter ses parents. J’ai déjà écrit précédemment sur les 5 enfants souffrant de malformations cardiaques congénitales que j’ai vus. Pas un seul d’entre eux ne bénéficiait d’un traitement adéquat et trois d’entre eux n’avaient jamais été examinés en profondeur par un spécialiste. Les consultations sont gratuites dans les hôpitaux publics mais les radios et les analyses de laboratoire sont payantes. Et cela alors que le transport vers l’hôpital est souvent lui-même impayable.

Les médicaments sont hors de prix. D’abord pour les maladies chroniques comme les troubles de la thyroïde, l’épilepsie, les diabètes et l’hypertension. Dans les quatre cas graves d’épilepsie, aucun des patients ne recevait de traitement. Le traitement est aussi cher aux Philippines qu’en Belgique et parfois même plus coûteux. J’ai vu un diabétique qui avait vendu ses deux restaurants pour se payer un traitement et qui après la perte de ses revenus était resté sans médicament et avec un taux de sucre dangereusement élevé de 500mg . Il est apparemment plus profitable pour les géants pharmaceutiques de vendre de coûteux traitements aux 15% des plus riches et des classes moyennes aisées que de baisser leur prix en faveur d’un « groupe cible » plus large.

Les maladies sont causées par les conditions de vie pénibles. Par exemple : Les infections par des vers chez les habitants de Tondo qui vivent à coté d’un abattoir ; l’asthme pour les familles d’ouvriers d’Alalbang qui cohabitent littéralement dans un tunnel à coté de l’autoroute, en face d’usines polluantes.

65% des enfants ont un poids corporel inférieur à la normale pour leur âge. 8% montrent des signes de sous-nutrition aiguë avec entre autres pour résultat d’effrayantes infections de la peau chez les enfants entre 1 et 3 ans.

Les cliniques mobiles ont aussi des désavantages et ne sont pas tout à fait en accord avec le concept de Gabriela et de G3W-intal de travailler avant tout sur la formation et la conscientisation. Le risque de dépendance et d’exagération des attentes placées dans les « docteurs blancs » existe. Bien sûr, dans un pays où les soins de santé sont fortement commercialisés, le concept de santé se résume souvent à la vente de coûteux examens et de vitamines.

Témoignage recueilli par Médecine pour le Tiers Monde (M3M)

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